La "rupture" dans les médias

Publié le par NicolasC

           L’annonce du divorce imminent entre Nicolas Sarkozy et sa femme Cecilia a d’abord été publiée dans un journal étranger. Les rédactions parisiennes, elles, seraient au courant depuis une semaine, mais attendraient le « feu vert » de l’Elysée pour publier des articles rédigés au début de la semaine (voir liens ci-dessus). Pourquoi alors n’ont-elles pas publié leurs articles? Par manque de sources ? Par peur de n’avoir pas l’air crédible ? L’information n’étant pas encore confirmée officiellement, les lecteurs de ces journaux pourraient leur reprocher un manque d’objectivité. Rappelons l’épisode de la Gare du Nord pendant la campagne présidentielle. Un individu est interpellé auquel s’ensuivent des violences, relayées par la télévision, insufflant un léger climat de malaise et de peur dans de millions de foyers français. Le lendemain matin, le gouvernement déclare que l’individu initialement interpellé avait déjà été interpellé « plus de 40 fois, d’après les registres de police » (je cite de mémoire). Tous les journaux reprennent l’information en choeur. Elle était fausse, complètement fausse. Devons-nous donc demander aux journaux de s’en tenir aux informations du gouvernement, ou de prendre du recul ?
             Certes, nous ne pouvons rien ajouter de ce qui a déjà été maintes fois énoncé, que la presse française n’est pas censurée, mais néanmoins souffre d’une grande frilosité. Que les patrons de presse sont les amis de Sarko, que ce dernier a mis un prix sur la tête de Genestar et obtenu son licenciement, dont certains journaux, par jour de grand zèle, s’autocensurent. Non, tout cela est bien connu.
            Trois traits originaux se dégagent du traitement de ce scoop par les médias. Premièrement, des journaux étrangers ont déjà publié ces informations, s’en tenant aux faits et en menant leurs investigations propres, en traitant les deux protagonistes de façon neutre (ce qui n’a pas manqué de me surprendre, tant on a plus l’habitude de voir cela). Deuxièmement, la grande hypocrisie de Laurent Joffrin, patron de Libération. Dans un éditorial, il s’en prend violemment aux blogs, en les accusant de diffamation car ils auraient à tort diffusé le scoop sur Internet. Cet éditorial lui permet, somme toute, d’évoquer le scoop, ne pas se faire taper les doigts par l’Elysée, discréditer les méchants, méchants internautes et rappeler que son journal est vraiment, vraiment bien. Troisièmement, le Canard Enchaîné a publié l’information de façon indirecte, sans que cela éveille de soupçons. Claude Guéant, lit-on, effectue des recherches sur les cas de jurisprudence des anciens présidents ayant divorcé au cours de leur mandat. Cette info n’a pas (il me semble) eu de répercussions, contrairement à leurs articles sur les propriétés foncières des deux finalistes de la campagne présidentielle.
             Ya-t-il donc une spécificité du journalisme français, par cette façon peu orthodoxe de traiter les scoops, de savoir beaucoup mais de dire peu, seulement lorsque le tabou est levé ? C’est ce que les journalistes français appellent le « off », ce contrat implicite signé entre politiques et journalistes. D’un côté, les journalistes ne publient pas certains sujets pour lesquels ils sont en confidence avec les hommes politiques, et en retour recoivent des rétributions de ceux-ci en échange de leur silence. Système avantageux par les deux partis, renforcé par le fait qu’ils sont souvent partagé les bancs des mêmes écoles élitistes.
            Les journalistes qui ont tenté de s’attaquer à ce système du « off », qui ne date pas de Sarkozy, se sont faits rejetés par la classe médiatique. Ils ont peu de considération pour les traîtres, comme en témoigne le dernier livre publié par Daniel Carton. Celui-ci s’est fait connaître par son très intéressant livre Bien entendu, c’est off, qui décrit les liens parfois sournois, assurément proches, entre politiques et journalistes. A la sortie de son dernier livre, Une campagne off, qui privilégie une approche de la campagne différente de celle des médias (par exemple, ce qu’ont ressenti des simples citoyens se rendant aux meetings politiques, ignoré dans la presse), celle-ci n’a fait l’objet de pratiquement aucun communiqué de presse.             La classe médiatique en France n’est donc pas encore prête pour accepter les critiques qui lui sont faites, alors qu’elle gagnerait à les comprendre et changer ses pratiques. Ces critiques sont, il nous semble, partagées par beaucoup de Français, comme en témoigne la collusion forte entre certains groupes de presse et groupes industriels que François Bayrou a critiqués pendant sa campagne.

Voici, en lien, un bel article d'Agoravox sur Daniel Carton: Article d'Agoravox

Et, en prime, voici un lien vers ce que l'on apprend aux élèves en école de journalisme, sur le "marketing politique", que certains trouvent effarants:
http://www.efap.com/index.php?/communiquer/article/communication_ou_marketing_politique


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JulienP 16/10/2007 10:37

Pour rappel à nos mémoires par trop défaillantes grâce à l'amnésie journalistique ambiante (j'adore cette formule, pas vous ?) il y a eu une sélection opérée constamment par les deux candidats rapport aux journalistes. Les accréditations à suivre les campagnes étaient révocables par les politburos et en définitive on avait une information appelée Pravda.

Mais surtout cette sélection est passée à un nettoyage après l'élection, Schneidermann et toute l'équipe d'arrêt sur image remerciée surtout après leurs émissions acerbes sur les pressions exercées sur les médias durant la campagne (tiens, vous vous souvenez peut-être que le débat Royal Bayrou avait été déprogrammé suite à des coups de fil ?)...

Les affaires de pressions sur la presse se sont bizarrement multipliées depuis la politique spectacle. July viré de Libé par l'actionnaire principal, Paris Match caviardé de certaines photos qui irritent notre Président alors candidat et ami de Mr Lagardère possesseur du journal ...

Aller vive la rupture et pour ceux qui aimaient arrêt sur image il y a toujours le blog de l'équipe : http://www.bigbangblog.net/