HEC, élite intellectuelle ?

Publié le par NicolasC

(Reproduction d'un billet tiré d'un blog de lemonde.fr et disponible avec ses commentaires à l'adresse: http://ofrancemi.blog.lemonde.fr/2007/05/28/hec-elite-intellectuelle-2, souligné par nous.)

Un article très polémique, avec sans doute quelques remarques très justes, qui a de toutes facons le mérite de soulever la question de la nécessité d'une réflexion politique et de l'exercice de l'esprit critique sur le campus.



HEC forme-t-elle une élite intellectuelle ? Ce n’est PAS DU TOUT son but. Pour une raison que j’ai déjà développée ici : HEC forme des techniciens du management. Il n’y a que des cours techniques et il n’existe qu’à l’extrême marge des cours d’ouverture qui permettent de prendre un peu de recul.

Pas un cours d’histoire industrielle, pas un cours sur les enjeux macroéconomiques, pas un cours qui traite des relations sociales ou ne serait-ce que… du rôle du manager dans la société.

Si l’on prend pour définition de l’intellectuel celui qui dispose de l’autorité et la met à contribution pour permettre « à l’esprit critique de s’émanciper des représentations sociales » alors sans doute HEC est l’école où l’on trouve le moins d’intellectuels en France. Car tout à HEC est calibré pour faire entrer dans un moule de représentations sociales, et non pour s’en abstraire. La puissance de normalisation d’HEC est immense et l’absence de tout débat, l’assimilation tacite d’une Vérité ne sont quasiment jamais contestées.

Une thèse a été écrite sur le sujet. Il y est expliqué qu’HEC fonctionne en deux temps. Premier temps : un concours relativement difficile qui permet à l’école d’acquérir une certaine légitimité au sein du petit monde de l’élite scolaire. Deuxième temps : une période de déscolarisation active pendant laquelle les élèves abandonnent toute ambition intellectuelle pour se consacrer à la « vie du campus ». Abandonner toute ambition intellectuelle cela ne veut pas dire devenir neuneu du jour au lendemain, cela veut dire se fondre dans le système au lieu de réfléchir sur lui.  Cela veut dire devenir un bon manager.

Un bon manager c’est quelqu’un de malin, mais qui ne doute pas. Il n’est pas là pour se demander si le système dans lequel il vit est le meilleur, si la société doit changer, il est la pour être efficace. Et le doute, fondement de toute démarche intellectuelle, est une entrave à l’efficacité corporate. Au Japon on l’a bien compris, puisque les entreprises n’embauchent que des étudiants de niveau licence. Au-dessus, en master ou pire en doctorat, ils ne sont plus efficaces, ils ne sont plus éléments intégrants du système.

Cela ne veut pas dire que des personnes passées par HEC ne feront pas partie de l’élite intellectuelle. L’élite intellectuelle est définie par l’autorité et l’esprit critique ? On peut gager que l’autorité peut s’acquérir dans une certaine mesure grâce à la réussite économique induite par HEC, mais pour l’esprit critique il faudra sans doute chercher ailleurs.

Soyons clairs, dans la plupart des cas la seule doctrine qui guide l’action d’un HEC c’est un machin du type « En participant à l’efficacité économique je crée de la richesse et je suis donc utile à la société. Et par la même occasion cela justifie mon salaire. » Analyse un peu brin trop courte de la société et de soi-même.

 

Il y a quelques jours a été attribué le prix du meilleur jeune économiste (http://www.lecercledeseconomistes.asso.fr/). C’est un professeur d’HEC qui l’a reçu, David Thesmar. (http://www.hec.fr/hec/fr/professeurs_recherche/p_liste/p_fiche.php?num=135). Son ouvrage « Le grand méchant marché » a fait grand bruit il y a quelques mois un peu partout dans la presse, les blogs, les milieux intellectuels. Et cet ouvrage traite exactement d’un sujet qui devrait par définition intéresser les HEC. Je ne ferai pas de procès injuste, mais je pose la question à ceux qui étaient sur le campus au moment de la sortie du livre : y a-t-il eu des débats entourant ces thèses polémiques ? Ce professeur a-t-il tenu une conférence ? Y a-t-il eu beaucoup d’élèves qui sont venus ? La relation française aux marchés financiers, le rôle des marches, leur efficacité, ont-ils été une seule fois un sujet de conversation au cours d’un déjeuner de n’importe quel étudiant en cafèt ?

Ou parlaient-ils de la prochaine fête, de leur prochain stage, de la prochaine animation de leur association ?

Publié dans Réflexions

Commenter cet article