Web et politique

Publié le par Versac

(Article repris du blog versac.net de Nicolas Vanbremeersch)
http://www.versac.net/2008/04/web-et-politiqu.html

J'interviens souvent à des conférences diverses, sans vraiment les narrer ici (de la même manière que je ne relaie pas mes passages media ou interviews et articles divers). Ce n'est tout simplement pas la fonction que j'assigne à ce blog, qui est avant tout un lieu de râleries discussions éparses. Hier soir, ceci-dit, j'intervenais à une conférence du groupement HEC Web, tout nouvellement créé, sur le thème du web et de la politique. Y étaient présents Edouard Fillias (d'Alternative Libérale), Nicolas Princen (responsable de la cellule de veille de l'Elysée), Julien Landfried (Actu Point Info), Christophe Grébert (le présente-t-on encore ?) et Olivier Mousson (Nouveau centre et blog pensez libre). Les débats ont été intéressants. On a rapidement, je crois, dépassé l'intitulé de la conférence, "internet, lieu du débat ou machine à ragots", pour explorer quelques réflexions autour des implications du web comme espace politique. Quelques petites notes éparses. - L'intitulé de la conférence est pour moi symptomatique de la vision qu'on développe du web. On imagine mal une conférence de professionnels de la presse sur son avenir l'intituler "la presse, lieu du débat ou machine à ragots ?". Cela est lié à la difficulté à comprendre a complexité de ce qu'est le web, compte-tenu de son immensité, au manque de schémas de compréhension, et à la perception dominante qui se dégage peu à peu, issue du relais de ce qui en émerge, dans les media (le web comme alibi aux sales besognes de la presse, comme repoussoir idéal). L'enjeu, c'est de rapidement sortir du duel un peu ridicule entre ceux qui n'y croient pas ou jettent l'opprobre (le web, c'est mal, ça fout tout en l'air) et ceux qui sont des évangélistes (le web, ça va sauver le monde). Sortir de ce parallélisme de formes pour comprendre ce qui se passe, ce que ça change. - J'ai tenté de rappeler quelques idées-clefs sur le web social. Absence d'autonomie : les blogs, forums et autres espaces sociaux ne vivent que par le reste. Ils sont nourris de media, et de la vie de leurs acteurs. Si certaines communautés sont fortement autoréférentes (blogosphère geek, par exemple), c'est loin d'être généralisable : la presse nourrit énormément les blogs, nettement plus que l'inverse. Hétérogénéité : il faut cesser de parler de "la blogosphère", et penser le web social comme un espace cohérent, unifié. Il faut l'imaginer comme une foule de grappes, de réseaux où les individus sont des noeuds. Difficile de qualifier "la blogosphère" : il vaut mieux parler de certains espaces identifiables en son sein. D'où, d'ailleurs, le risque identifié par Cass Sunstein du regroupement des mêmes. Décloisonnement : ce qui caractérise cet espace, c'est aussi (à l'inverse de la thèse de Sunstein) la proximité, et la capacité de transmission entre individus, qui facilite le rapprochement d'individus différents. On voit des informations, des angles, des contenus circuler dans des sphères qui n'avaient a priori rien à voir. Tous les mécanismes de transmission de l'information et de l'opinion sont bouleversés. Par exemple, le buzz sur le documentaire "le mon de selon Monsanto" est passé très rapidement de sphères militantes (alter, écolo) à des blogs de cuisine et de vie pratique, dans un schéma de transmission qu'on consultant en opinion traditionnel aurait eu bien du mal à qualifier. Nouvelles autorités : là où certains croient que le web social serait le lieu d'un nouveau relativisme, j'y vois plutôt des mécanismes de réallocation d'autorité. Souvent, dans des cas emblématiques (referendum, 11 septembre), c'est par la démission des acteurs traditionnels du débat, leur non prise en compte des nouveaux modes du débat et de l'information que la foule se tourne vers des autorités neuves. Les acteurs du jeu démocratique ont une responsabilité à investir le web social : se lamenter sur son relativisme revient à démissionner de son rôle. Nouvelles concurrences : on est beaucoup revenus sur la nouvelle concurrence que constituent les espaces sociaux en ligne pour des rôles classiques des partis. Nommer de l'argent, désigner des candidats, organiser le militantisme, construire la réflexion et un programme : tout cela peut se faire sans une structure centrale. D'où l'émergence de nouvelles concurrences pour les partis politiques, qui leur impose de réinventer leurs modes d'action, d'intégration de nouvelles logiques de militantisme. Perte de contrôle : une des personnes de la salle a relevé que le nom patronymique devenait une marque, qu'elle nécessitait une gestion proche de celle-ci. C'est vrai pour les personnes publiques. Et c'est tout à fait frappant, de remaquer que nombre d'hommes politiques, comme les entreprises, ont découvert sur le web qu'elles ne détenaient plus (ou n'avaient même plus l'illusion) de monopole de discours sur leur propre nom, leur marque. Ce sont les utilisateurs, les consommateurs, les citoyens qui sont en mesure de forger l'identité de ces acteurs. - Deux idées avec lesquelles je ne suis pas en accord. Des menaces identifiées, liées à la pression qu'exercerait le web social sur le politique : 1. Cette pression limiterait le droit de l'homme politique à évoluer. L'effet mémoire du web empêcherait l'homme politique d'évoluer. > en aucun cas. En revanche, il est vrai que la mémoire, la recherche, le travail de recoupements forcent l'homme politique à plus d'explications, quand il vient à changer d'avis, à évoluer. Ce n'est que justice. Notons que, pour l'instant, le web n'empêche pas notre président de pratiquer une triangulation pour le moins complexe.
2. il serait difficile de se réapproprier son propre nom, de gérer son identité en ligne. Au risque d'un big brother collectif, qui empêche quiconque de gérer son nom. > Cela est vrai des personnes publiques. Pas des personnes privées. Encore que certaines aient été, effectivement, mises en pâture contre leur consentement (David Hirschmann, Mathieu Vaidis... et dans une moindre mesure Nicolas Princen). La maîtrise de son image en ligne n'est pas simple (c'est mon métier), mais elle suppose, si l'on veut effectivement entrer dans un mode de protection contre les malfaisants, de participer à cet espace : celui qui y est étranger n'y a que peu de pouvoir. gérer son identité en ligne, cela veut souvent dire : bloguer.
- ... Autant de vastes sujets. Sans fin. Evidemment, mes amis blogueurs seront curieux de savoir à quoi ressemble Nicolas Princen, s'il est armé de micros, caméras et autres mouchards du web. Il est juste sympathique et sa mission fort éloignée du délire qui a accompagné son annonce. Mais c'est un autre sujet.

Publié dans Réflexions

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