À Reims, Bayrou dénonce le «sectarisme» du PS

Publié le par NicolasC

De notre envoyé spécial à Reims, Rodolphe Geisler
Le Figaro du 05/12/2008
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Le président du MoDem effectue toutes les semaines un voyage de deux jours dans une région française.

Pour aller regarder les Français «les yeux dans les yeux», François Bayrou n'hésite pas à se coiffer d'une charlotte et à enfiler une blouse d'entreprise. Pas forcément seyant, mais souvent obligatoire, comme mercredi, pour aller rendre visite aux ouvrières de la biscuiterie Fossier, célèbre pour ses petits boudoirs roses. C'est le nouveau défi du président du Mouvement démocrate : «Aller à la rencontre des vraies gens sur leur lieu de travail», comme il dit.

Depuis deux mois, François Bayrou s'immerge donc deux jours par semaine dans une région. L'occasion, pour lui, de (re)tisser son réseau en vue de 2012. Cette semaine, il faisait étape à Reims et dans ses environs. «Moi, j'aime bien la vie réelle. C'est mieux que les discours politiciens et autres manœuvres d'appareil», explique-t-il, aux ouvrières. «Et je ne dis pas ça parce que je suis à Reims», ajoute-t-il, pour mieux se distinguer du PS, qui y exposa ses divisions lors de son congrès, en novembre.

Démagogique, François Bayrou ? Il jure que non. «Je n'ai pas envie de profiter de la crise du PS. Ce dont j'ai envie, c'est rassembler au-delà des étiquettes» pour proposer une alternative en 2012, assure-t-il, avec gourmandise, un sachet de marrons chauds en mains, dans les allées du marché de Noël de la capitale champenoise.

 

«Ce n'est pas mon modèle de société»

 

L'élection de Martine Aubry au poste de premier secrétaire du PS lui est-elle plus favorable que s'il s'était agi de Ségolène Royal ? Le président du MoDem botte en touche. «Ceux qui l'ont emporté l'ont fait sur un seul thème : celui du sectarisme. Or, comment imaginer gouverner la France, si vous ne voulez discuter qu'avec ceux qui sont de vos idées. Moi, je choisis le rassemblement contre tous les secta­rismes», dit-il. Puis il ajoute, cette fois clairement à l'adresse de Martine Aubry, qui aux municipales à Lille a fait alliance avec le MoDem tout en récusant tout accord national : «Moi, je n'aime pas les gens qui font une chose et disent son contraire.» Cette fois, c'est dit.

Officiellement, la venue de François Bayrou dans la Marne est un hasard de calendrier par rapport à la législative partielle dont le premier tour a lieu dimanche. Son candidat, Franck Noël, rêve de tirer profit des divisions de l'UMP. «La bataille entre Catherine Vautrin et Renaud Dutreil aux municipales a laissé des séquelles auprès de la droite locale», analyse le député européen centriste Jean-Marie Beaupuy. Mercredi soir, lors d'une réunion publique devant deux cents sympathisants, François Bayrou s'est, une nouvelle fois, livré à une charge contre le chef de l'État. «Je n'ai aucun contentieux personnel avec Nicolas Sarkozy. Car je ne peux pas être son ennemi, parce que je n'ai jamais été son ami. Même si, dans la crise mondiale que nous traversons, il a été présent, pour moi, les retraites à 70 ans, la prison pour les mineurs à partir de 12 ans, ce n'est pas mon modèle de société.»

Un peu plus tôt, dans une brasserie, devant un vin chaud, il racontait, sur le ton de la boutade, avoir un jour dit à ses enfants : «Généralement, les gens commencent révolutionnaires et finissent ministres. Moi, j'ai commencé ministre et je finis révolution­naire.»

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