Les pays asiatiques seront les plus touchés par la crise économique. Leurs économies dépendent beaucoup trop des exportations vers les économies de l’Europe et des Etats-Unis pour ne pas
subir de plein fouet la crise actuelle. Le Japon, au mois de décembre, a eu une baisse de 35% de ses exportations par rapport à l’année dernière. La Chine connaît une grave crise économique et
sociale que reflètent mal les données officielles communiquées par le régime officiel. Certains parient sur un renversement du régime communiuste. En Thaïlande, les banques demandent des prêts
d’urgence au gouvernement. Les déséquilibres permanents des balances courantes des pays asiatiques, qui génèrent un transfert massif d’argent vers les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, est une des
causes de l’extension de la crise financière dans la sphère de l’économie réelle.
Les indices économiques sont désastreux. Le PIB du Japon a baissé de 10% au quatrième trimestre (à un rythme annualisé), Singapour de 17%, et la Corée du Sud 21%. En même temps, les
exportations ont chuté de 21% en Décembre pour la Chine, 45% pour le Vietnam en Janvier. Les importations chutent à des vitesses encore plus importantes. La demande intérieure est en chute libre.
Après avoir poussé leurs pays à s’intégrer à l’économie mondiale en tant qu’exportateurs de biens de basse ou haute technologie, ces pays se trouvent sans coopération intra-régionale susceptible de
contrecarrer la baisse de la demande en Europe et aux Etats-Unis.
Les déséquilibres mondiaux suscités par les économies asiatiques expliquent en partie la crise économique actuelle. Les gouvernements de ces pays achetaient une part importante des réserves du
Trésor Américain avec leur balance courante (balance commerciale + des services + des transferts courants + des revenus) positive. Le sort du dollar était entre leurs mains. Leurs populations
avaient un taux d’épargne élevé (mais pas aussi élevé que le taux d’épargne français, ndlr) qu’ils plaçaient dans l’économie américaine. Ceci a entraîné une spéculation sur l’immobilier aux
Etats-Unis, augmenté le prix des obligations émises par le gouvernement, et a fait baisser les taux d’intérêt de long terme aux Etats-Unis (la fameuse « énigme » -
conundrum -de
Greenspan). La cause profonde de la crise n’est pas tant le lucre ou la financiarisation du monde, mais un déséquilibre mondial – les obligations du trésor britannique ou américain qui
financent les retraites des fermiers du Guangdong . La cause ? Les habitants de pays pauvres préfèrent placer leur argent là où il est le plus sur, plutôt que dans leur propre pays.
Que faire maintenant ? De nombreux pays asiatiques sont face à un dilemme : continuer ce modèle exportateur ou utiliser leurs ressources pour favoriser la relance par la consommation
domestique. Ils en ont les moyens. Ils devraient alors favoriser une consommation locale, donc de baisser leur taux d’épargne et leurs exportations.
Le Japon n’a pas suivi cette stratégie lorsqu’il en avait le choix. Face à une crise pendant toutes les années 1990, le Japon a retrouvé une croissance stable grâce à l’augmentation de ses
exportations vers la Chine. Aujourd’hui, c’est le pays le plus touché par la crise : la demande nationale est pauvre. Les chefs d’entreprise supplient le gouvernement de racheter du yen pour
le faire baisser à un taux de change plus favorable, qui leur permettrait de mieux exporter.
La Chine pourrait prendre une voie différente, en acceptant d’augmenter la valeur de sa monnaie ; cela réduirait ses exportations, mais permettrait à sa population d’acheter plus facilement
des produits étrangers. En baissant son taux d’épargne, elle mettrait fin à un déséquilibre financier mondial.