Conférence du 17 mars avec M. DE SARNEZ et S. GOULARD

Publié le par NicolasC

Compte-rendu de la conférence du 17 mars 2009 sur
 "L’identité européenne"


Intervenants :

Marielle DE SARNEZ, Vice-présidente du Mouvement Démocrate et tête de liste aux élections européennes en Ile-de-France ;
Sylvie GOULARD, Présidente du Mouvement Européen-France et tête de liste du Mouvement Démocrate aux élections européennes ;
Jean-Noël JEANNENEY, Ancien ministre et ancien directeur de la BNF, Président d’Europartenaires ;
Jean QUATREMER, Correspondant de Libération à Bruxelles ;
Florence AUTRET, Correspondante de La Tribune à Bruxelles;
Elie BARNAVI, Ancien ambassadeur d'Israël en France, directeur scientifique du Musée de l'Europe à Bruxelles.





Définir l’identité européenne

Jean QUATREMER
L’identité et la définition de la citoyenneté européennes sont cruciales pour la construction de l’UE.
L’UE a été construite sur deux mythes fondateurs :
On fait l’Europe pour faire la paix ;
On fait l’Europe pour assurer la prospérité économique.
Aujourd’hui ces mythes ne fonctionnent plus. Pour la génération présente, la paix est un acquis, tandis que la prospérité est toujours vue comme insuffisante.
Actuellement il faut redonner du sens à la construction européenne, en répondant à la question : quelle est la raison pour la continuer ? On est incapable de justifier cette construction. Y-a-t-il encore des raisons pour continuer l’intégration de l’Europe?
Selon Jean Quatremer, comme dans le passé les nations se sont construites autour d’un conflit armé (contre une autre nation), l’Europe, elle aussi, a besoin d’un conflit majeur pour justifier son existence.

Jean-Noël JEANNENEY
L’identité est une image de soi et un bonheur d’exister avec les autres. Elle se définit par la difficulté de séparer « pourquoi » de « comment ».
Les critères qui permettent définir l’identité :
Les critères objectifs comme la religion, la langue, l’ethnie, ou les frontières géographiques – ne peuvent être définis une fois pour toute. Ces critères sont cependant insuffisants pour définir l’identité européenne d’aujourd’hui ;
Les critères subjectifs (définition d’Ernest Renan) – l’identité se définit par le vouloir de vivre ensemble. Le récit mythique est nécessaire (un récit collectif dans le sens positif)
C’est cette deuxième acception de l’identité qui parait la plus appropriée dans le contexte européen, et qui se traduit par la nécessité d’assumer des différences au sein de l’UE.
Une identité doit être aussi définie par rapport à une différence. Il faut s’affirmer en tant qu’un européen, sans pour autant tomber dans un antiaméricanisme primaire.

Sylvie GOULARD
La discussion sur l’identité se situe différemment selon qu’on se sent a l’aise ou menacé.
Contrairement à ce que prétend Jean Quatremer, la guerre n’a pas les mérites qu’on lui attribue (il n’y a pas de vertus d’une bonne guerre).
L’Europe est une exception car la période de paix dont on bénéficie est exceptionnelle dans l’histoire. L’Europe peut ainsi être considérée comme un prototype pour les autres peuples et régions dans le monde.
Selon Sylvie Goulard, l’Europe peut construire une identité propre sur le respect des différences et des diversités (culturelles, de taille de pays etc.), qui sera proche de vision de l’identité d’Ulrich Beck  L’Europe a, en effet, cette vertu de faire travailler les gens venant des différents horizons. L’identité  européenne peut se construire en tant que dynamique.

Marielle DE SARNEZ

Comment l’identité se fait-elle sentir au sein du Parlement Européen ?
L’entente est plus facile au sein du PE malgré les divergences linguistiques. Il y a une identité européenne qui n’est pas exclusive. C’est un de construction d’un avenir commun. L’Europe sera peut-être un modèle pour résoudre le conflit au Proche-Orient.
Le projet européen n’est pas fini. Il reste à bâtir un projet différent des autres pays du monde dans le domaine économique et social (en intégrant la notion du développement durable).
Il y a aussi des valeurs européennes – qui deviennent peu à peu universelles. Un projet original en matière de libertés publiques (respect des droits de l’homme) – avec comme l’illustration la lutte contre le terrorisme (ou les libertés individuelles ne devraient pas être sacrifiées). Finalement, l’Europe est attendue et entendue dans le monde dans le contexte du multilatéralisme. L’UE elle est perçue comme une puissance « tranquille».

Jean QUATREMER :

Le fait d’avoir un espace de règlement de différends par le juge ne crée pas de sentiment d’appartenance. La paix ne fait pas rêver. On ne parle jamais de la Cour Européenne de Justice. On ne parle pas du fait que l’Europe a permis la reconstruction de l’Asie après le Tsunami, mais l'opinion garde seulement en tête les images de l'aide humanitaire d'urgence américaine surmédiatisée.

Elie BARNAVI

Pour sa construction l’Europe nécessite la volonté de faire de choses ensemble. La volonté de vivre ensemble ne suffit plus. Un projet politique commun est indispensable pour peser dans le monde. L’Europe a besoin d’orgueil. La voix de l’Europe va être audible si elle s’accompagne de la conscience de soi, et de ‘hard power’. La paix est un idéal, mais pour défendre la paix il faut disposer de ce pouvoir. Le pacifisme (européen) est immoral par principe car il laisse le champ libre à la violence.
L’Europe est un modèle – l’Europe est l’effet de la paix. C’est une preuve que la guerre n’est pas une fatalité humaine. Aujourd’hui l’Europe détient la solution pour le Proche Orient, mais personne ne l’écoute (on consulte les européens pour la consolation, pour parler de la politique, on se tourne vers « Washington»).
L’Europe est-elle un modèle ou un prototype ?

Sylvie GOULARD : à la différence d’un modèle, un prototype n’est pas achevé. Un prototype est plus tourné vers l’avenir.

Elie BARNAVI : le prototype se construit avec des plans prédéfinis et préconçus – ce qui n’est pas le cas avec l’UE.

Jean-Noël JEANNENEY : dans l’histoire tout est un prototype. Mais l'autodénigrement des Européens est incroyablement nuisible (référence à la nécessité de l’orgueil).

Florence AUTRET : Comment se différencier des Américains ?

Jean-Noël JEANNEY : la différence n’est pas équivalente à l’adversité.
En Europe, la concurrence est posée en tant qu’un bien absolu. Ce n’est pas un bien en soi mais un instrument, qui devrait être modulé en fonction des besoins.

Marielle DE SARNEZ : en Europe et aux Etats-Unis nous avons deux modèles différents.
Le domaine énergétique – la crise d’approvisionnement du gaz en Europe de l’hiver dernier n’a choqué personne, ce qui pose un problème considérable, surtout au moment, où on se sert de l’énergie en tant qu’un lever politique. La nécessité d’une solidarité politique et économique se manifeste ;
La réponse à la crise économique - il devrait y avoir un plan européen de sauvetage de l’industrie automobile, au lieu d’avoir des plans nationaux non coordonnés et concurrents ;
Le manque de l’approfondissement de l’UE au moment de l’élargissement - la question de l’élargissement n’a pas été expliquée aux Européens ;
La politique extérieure – l’UE est le premier contributeur d’aide au Proche Orient mais n’a pas un seul mot à dire dans la résolution du conflit. 

Conclusion : l’enjeu primordial – il faut que les Européens décident d’exister.

Elie BARNAVI : le Quartet au Proche Orient (les États-Unis, la Russie, les Nations Unies et  l'Union Européenne) est une idée européenne, qui a été par la suite confisquée par les Etats-Unis.

Jean QUATREMER : le problème majeur de l’Europe vient du fait qu’on n’est pas d’accord sur ce qu’on veut faire ensemble dans le domaine de la politique commune de la défense. Les Européens ne sont pas prêts à faire de sacrifices (augmenter les dépenses pour la sécurité par exemple).

Sylvie GOULARD : il faut tenir en compte que lorsqu’on parle des sacrifices nécessaires pour mettre en place des politiques de la défense commune et diplomatique, les pays européens ne sont pas égaux et n’ont pas les mêmes moyens financiers.
D’autre part, il ne faut jamais oublier qu’au début de la construction, le but des Pères Fondateurs était précisément de peser dans le monde.
En ce qui concerne le vote de la Constitution et la question épineuse du « Non Irlandais », il aurait fallu s’inspirer du cas historique de Rhode Island (un Etat américain qui avait rejoint la fédération deux après la ratification de la Constitution par les autres Etats) et procéder à l’adoption de la Constitution sans l’Irlande.

Questions : 

Peut-on construire l’Europe sans une guerre ?
Comment faire comprendre aux citoyens les avantages de l’Europe ?

Jean-Noël JEANNENEY : il est possible d’avoir une identité sans la guerre ; mais à condition d’avoir d’autres tensions majeures comme une crise économique mondiale et/ou la possibilité d’une épidémie sanitaire grave. Pour le renforcement de sentiment solidarité un péril est obligatoire ;

Elie BARNAVI : il n’y a pas que les dangers qui constituent des Etats. Il y a aussi  l’éducation. Pour cela le Musée de l’Europe est construit à Bruxelles. A l’époque une idée de préparer un manuel commun d’histoire de l’Europe est apparue (en coopération avec un historien polonais Kszysztof Pomian) ;

Marielle DE SARNEZ : il faut tout d’abord adresser le problème du désamour pour l’Europe en France. Les derniers élargissements ont été mal gérés. Le sentiment que l’Europe est une affaire de la politique étrangère est perceptible. La crise actuelle peut devenir une véritable occasion pour faire avancer l’Europe ;

Jean QUATREMER : il faut révéler l’identité européenne mais le problème est de trouver des moyens pour la révéler. Cela passe par le discours plus courageux des hommes politiques ;

Sylvie GOULARD : un phénomène curieux et positif se produit à l’heure actuelle, à savoir la différence s’estompe entre les acteurs et les observateurs de la vie politique au sein de l’UE. Ceci permet de mieux informer les citoyens sur ce qui se passe réellement à Bruxelles!




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