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Appliquée au Sénat, la stratégie d'ouverture prend un chemin inédit : depuis le renouvellement de septembre, c'est Michel Mercier, président de l'Union centriste, qui est à la manœuvre. Il rêve de marier les 29 membres de son groupe aux 17 élus du groupe RDSE (Rassemblement démocratique et social européen). Sollicité par Le Figaro, le sénateur du Rhône n'a pas souhaité s'exprimer, mais pour son collègue de la Mayenne Jean Arthuis, président de la commission des finances du Sénat, l'objectif de ce projet de fusion est transparent : «Il s'agit de créer au centre un groupe suffisamment fort, dans la perspective du basculement à gauche de la majorité sénatoriale de 2011.»
L'Élysée suit avec attention les efforts de Michel Mercier. Champion de l'œcuménisme, il est toujours trésorier du MoDem de François Bayrou, bien qu'il participe aux réunions des dirigeants de la majorité autour de Nicolas Sarkozy comme de François Fillon.
Un grand écart que sa collègue du Sénat Jacqueline Gourault explique par «le lien affectif fort que Michel garde avec François». Cette bayrouiste de choc cohabite sans problème au sein du groupe avec les centristes ralliés à Nicolas Sarkozy et avec Jean Arthuis et les nostalgiques de l'UDF. Elle se dit «plutôt séduite» par la perspective d'une fusion avec le groupe RDSE, pour des raisons qui n'ont rien à voir avec celles de Michel Mercier. Selon elle, ce projet cadre bien avec «l'idée de François Bayrou de construire un rassemblement avec un centre indépendant». «Dans nos deux groupes, on a la liberté de vote, ajoute Jacqueline Gourault, et nos positionnements politiques ne sont pas si éloignés que ça.»
Jean-Michel Baylet est d'accord sur ce dernier point. Le Parti radical de gauche, qu'il préside, est largement majoritaire dans le groupe RDSE. Malgré le renfort de Jean-Pierre Chevènement, de quelques socialistes en rupture de ban comme Michel Charasse et la présence autour du Radical valoisien Aymeri de Montesquiou d'une poignée de soutiens fidèles de l'UMP. Convaincu que «l'avenir du Sénat, et notamment l'élection de son président, va se jouer au centre, centre gauche et centre droit, lors du renouvellement de 2011», Jean-Michel Baylet encourage son ami Yves Collin, président du groupe RDSE, à continuer ses «conversations» avec Michel Mercier, «et plus si affinités». «Il y a une carte à jouer pour des élus qui ne sont pas alignés sur une stratégie rigide d'opposition ou de soutien à la majorité», confirme Collin, en précisant néanmoins qu'il n'est pas question pour lui d'abandonner les « valeurs » fondatrices des Radicaux de gauche, au premier rang desquelles la laïcité.
C'est aussi ce que Michel Charasse a expliqué à Michel Mercier. Opposé à la fusion, l'ancien ministre de François Mitterrand fait un résumé lapidaire de son entretien avec le sénateur du Rhône : «Quand il est venu me voir, je lui ai dit que si j'adhérais à un groupe, son intitulé devrait comporter les adjectifs laïc et républicain. Donc je suis tranquille : les centristes ne viendront pas !» De son côté, l'ex-UDF Jean Arthuis reconnaît qu'«atteindre une taille critique peut être un moyen de servir plus efficacement ses idées», mais s'interroge sur la solidité des convictions européennes du groupe RDSE, dont Jean-Pierre Chevènement est désormais une figure. «Et puis, fait remarquer Jean-Michel Baylet, il y a un point qui n'est pas secondaire : qui présiderait le groupe fusionné ?»
Numériquement minoritaires, les Radicaux de gauche et les ex-PS du RDSE ne sont pas prêts pour autant à se ranger derrière un chef de file comme Michel Mercier, qui ne cache ni sa proximité avec Nicolas Sarkozy, ni ses ambitions ministérielles. Inversement, beaucoup de responsables du Nouveau Centre comme de l'UMP estiment que la fusion avec un groupe majoritairement de gauche créerait surtout de la confusion. «Mercier devrait faire attention, prévient même Jean-Claude Gaudin : on ne peut pas être ministre avec la droite et zyeuter à gauche.»
Le président du Parti des radicaux de gauche (PRG), Jean-Michel Baylet, a indiqué dimanche qu'il envisageait de constituer des listes avec le MoDem de François Bayrou, dont il se sent plus proche que du PS, "divisé" sur l'Europe.
Le président du Parti des radicaux de gauche (PRG), Jean-Michel Baylet, a indiqué dimanche qu'il envisageait de constituer des listes avec le MoDem de François Bayrou, dont il se sent plus proche que du PS, "divisé" sur l'Europe.
"J'ai demandé à rencontrer François Bayrou parce que j'envisage la possibilité de faire des listes avec lui", a indiqué M. Baylet au Journal du dimanche.
"Son courant et le mien ont toujours été a l'avant-garde de la construction Européenne. Nous avons une vision semblable de l'Europe : fédérale, sociale et puissante. Il y a plus de choses qui nous rapprochent de François Bayrou que du PS, divisé sur le sujet", a ajouté le sénateur du Tarn-et-Garonne.
"Ce n'est pas une rupture (ndr: avec le PS) mais une manière de se démarquer", selon M. Baylet.
"La dernière fois, le PS nous avait baladés et nous n'avions eu aucun élu au Parlement Européen, pas question que cela recommence", selon lui.
"Comme la gauche tient la quasi-totalité des régions il y a des chances pour que nous repartions avec le PS aux régionales. Quand à la présidentielle, il faudra rassembler tout le monde. Bayrou est un opposant confirmé à la politique de Sarkozy et tous les opposants devront se rassembler au second tour", conclut-il.

Pour aller regarder les Français «les yeux dans les yeux», François Bayrou n'hésite pas à se coiffer d'une charlotte et à enfiler une blouse d'entreprise. Pas forcément seyant, mais souvent obligatoire, comme mercredi, pour aller rendre visite aux ouvrières de la biscuiterie Fossier, célèbre pour ses petits boudoirs roses. C'est le nouveau défi du président du Mouvement démocrate : «Aller à la rencontre des vraies gens sur leur lieu de travail», comme il dit.
Depuis deux mois, François Bayrou s'immerge donc deux jours par semaine dans une région. L'occasion, pour lui, de (re)tisser son réseau en vue de 2012. Cette semaine, il faisait étape à Reims et dans ses environs. «Moi, j'aime bien la vie réelle. C'est mieux que les discours politiciens et autres manœuvres d'appareil», explique-t-il, aux ouvrières. «Et je ne dis pas ça parce que je suis à Reims», ajoute-t-il, pour mieux se distinguer du PS, qui y exposa ses divisions lors de son congrès, en novembre.
Démagogique, François Bayrou ? Il jure que non. «Je n'ai pas envie de profiter de la crise du PS. Ce dont j'ai envie, c'est rassembler au-delà des étiquettes» pour proposer une alternative en 2012, assure-t-il, avec gourmandise, un sachet de marrons chauds en mains, dans les allées du marché de Noël de la capitale champenoise.
L'élection de Martine Aubry au poste de premier secrétaire du PS lui est-elle plus favorable que s'il s'était agi de Ségolène Royal ? Le président du MoDem botte en touche. «Ceux qui l'ont emporté l'ont fait sur un seul thème : celui du sectarisme. Or, comment imaginer gouverner la France, si vous ne voulez discuter qu'avec ceux qui sont de vos idées. Moi, je choisis le rassemblement contre tous les sectarismes», dit-il. Puis il ajoute, cette fois clairement à l'adresse de Martine Aubry, qui aux municipales à Lille a fait alliance avec le MoDem tout en récusant tout accord national : «Moi, je n'aime pas les gens qui font une chose et disent son contraire.» Cette fois, c'est dit.
Officiellement, la venue de François Bayrou dans la Marne est un hasard de calendrier par rapport à la législative partielle dont le premier tour a lieu dimanche. Son candidat, Franck Noël, rêve de tirer profit des divisions de l'UMP. «La bataille entre Catherine Vautrin et Renaud Dutreil aux municipales a laissé des séquelles auprès de la droite locale», analyse le député européen centriste Jean-Marie Beaupuy. Mercredi soir, lors d'une réunion publique devant deux cents sympathisants, François Bayrou s'est, une nouvelle fois, livré à une charge contre le chef de l'État. «Je n'ai aucun contentieux personnel avec Nicolas Sarkozy. Car je ne peux pas être son ennemi, parce que je n'ai jamais été son ami. Même si, dans la crise mondiale que nous traversons, il a été présent, pour moi, les retraites à 70 ans, la prison pour les mineurs à partir de 12 ans, ce n'est pas mon modèle de société.»
Un peu plus tôt, dans une brasserie, devant un vin chaud, il racontait, sur le ton de la boutade, avoir un jour dit à ses enfants : «Généralement, les gens commencent révolutionnaires et finissent ministres. Moi, j'ai commencé ministre et je finis révolutionnaire.»
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